Après de longues études durant des années, j'ai enfin compris les cris des chauve-souris: elles veulent de retour leur humanité. Lorsque tombe la nuit, elles commencent leurs chants aigûment angoissants parlant d'une sorcière et son maléfice pour chauve-sourettre les humains.
Mostrando las entradas con la etiqueta français. Mostrar todas las entradas
Mostrando las entradas con la etiqueta français. Mostrar todas las entradas
28 de febrero de 2015
23 de mayo de 2014
Biopotamologie par un teenek
Ma spécialité c'est la biopotamologie, la vie, de tout genre, dans et auprès des fleuves, et grâce à elle, j'ai partout voyagé dans le monde et fait certaines découvertes zoologiques (quelques-unes avec de l'appui de quelques fondations, comme le WWF, lequel fut définitivement impliqué dans la découverte de l'intéressantissime arctopotame).
Je voudrais d'abord mentionner pourquoi je m'intéressa tant dans la vie des animaux de fleuve. Mon enfance, comme celle de beaucoup de teeneks (ou huastèques si vous préférez), je la vécus près d'un fleuve, le Pánuco, lequel m'a toujours fasciné par son débit si vigoureux et ses extraordinaires animaux. C'est là que je vis mon premier cryptide, le laab pay'loom te', ou l'élaphopotame comme je l'appelle présentement.
La cryptozoologie est –comme les teeneks– pauvre, sans intérêt, indulgente et docile; dédaignée pour considérer les animaux du folclore avec possibilité d'existence, pour son manque habituel de méthode scientifique, pour sa parenté au mythe. Nous, les teeneks, sommes différents des ejeks (les métis, les espagnols, les occidentaux), qui sont exigents, intéressants, riches. Les baatsik' sont les premiers habitants du monde, les êtres du monde souterrain; les teeneks –agriculteurs–, leurs descendants, comme Caïn le premier descendant venu à la Terre; les ejeks –éleveurs– arrivèrent à notre monde. Tout comme dès le début: Caïn face à Abel, les baatsik' face aux teeneks, les teeneks face aux ejeks, les agriculteurs face aux éleveurs, les cryptozoologistes face aux zoologistes.
Le premier biopotame dont je parlerai sera certes l'élaphopotame, ou le cerf des fleuves, en teenek, laab pay'loom te', l'arbre parrain. Nous autres, les teeneks, attribuons à cet animal le rôle de prendre soin de l'enfant à la suite de sa naissance; la vie de l'enfant dépend de la robustesse de son arbre parrain.
L'élaphopotame n'appartient pas à la famille Cervidae, puisqu'il est omnivore: il se nourrit de pintontles mourants, escargots, poisson-chats malades et plantes riveraines; rarement sort de l'eau, et se nourrit durant la nuit: il est le protecteur du sauvage, l'animal de compagnie des baatsik'. L'élaphopotame a l'habitude de se donner des baignades et roulades dans la boue de zones peu profondes, ou dans les marais: il est sale comme les teeneks. Ses bois sont enchevêtrés, désordonnés, duveteux, et d'une envergure de jusqu'à deux mètres. Il a une hauteur de deux mètres et demi à la tête, et deux mètres dix au garrot. Il pèse entre 550 et 730 kg. Son pelage est rêche, brun-rougeâtre; il possède une crinière de poils durs et hirsutes plus foncés que le reste du pelage, et qui peut même atteindre une couleur noire. Le laab pay'loom te' est des premiers, les baatsik', les craignants du soleil, nous autres les kwitol, les enfants, les sans-raison.
Dans le sud du Vietnam, à quelques heures de Can Tho, tout au long du fleuve Mékong, s'étend un vaste territoire trés peu exploré à cause de son accès difficile. À ce cours d'eau habite le Cuu Long, ou l'arctopotame comme je l'appelle. L'arctopotame, ou ours de fleuve, est un mammifère herbivore de coleur rouille, à longue queue rayée: il est probablement apparenté au panda roux, c'est-à-dire, il appartient probablement à la famille des ailuridés (Ailuridae); il comporte cependant deux grandes différences avec le panda fuligineux: (1) sa taille: il peut atteindre une longueur de deux mètres et demi, et (2) ses pattes, qui sont plus élancées et développées, possiblement adaptées aux nages très prolongées dans un très bourbeux Mékong, en vietnamien, Cuu Long Giang, le fleuve des neuf dragons (des êtres paradoxalement baatsik', et de lumière et feu).
Le coracopotame, ou corbeau de fleuve, se trouve dans la Toungouska pierreuse, en Russie. Dû à l'absence de rapports de l'existence dudit oiseau jusqu'à l'évènement de la Toungouska, explosion thermonucléaire aérienne probablement due à une météorite, c'est possible que le coracopotame en soit le résultat par la mutation de certains corvidés de la région, peut-être du Corvus corax. Son plumage est tout noir, aux reflets pourpres, verts et bleus; son bec et ses pattes sont noirs aussi. Il se nourrit de petits poissons dans la rivière et de charognes sur terre. Il peut mesurer, debout (puisque sur terre il marche comme les pingouins), jusqu'à 110 cm. Les coracopotames sont très agressifs et se regroupent en pelotons d'au plus dix membres. Ils s'agressent ocasionellement les uns les autres jusqu'à atteindre le cannibalisme.
Pour terminer, je parlerai de mes trois dernières et plus fascinantes découvertes dans le Kwando, à la frontière de la Zambie, l'Angola et la Namibie: les tératopotames, ou monstres de fleuve: l'égopotame, le sypotame, et l'outopotame (ou l'allopotame, ou anthropopotame). Depuis des générations, les aperçus de ces créatures ont fait partie de la culture yaouma, kwahane et lozi. Ils les appélent lifatal, kakoundoukoundou et poula, respectivement. Ces noms ne présentent pas de variations d'une langue à l'autre.
Je me trouvais déjà près de la frontière tripartite lorsque le Kwando commença à devenir fangeux, à se transformer en un labyrinthe de petits marécages; celui-ci fut très vite bondé d'arbres gigantesques, noirs et couverts de lianes, en sorte que peu de lumière atteignait le cours de la rivière. Ma chaloupe voguait lentement, et s'arrêta à plusieurs reprises. La dernière fois j'essaya de la faire avancer, mais il me fallut en débarquer: ma rame s'accrocha dans la bourbe du fond, gobante à son intérieur et glissante sur sa surface. Soudain, je fus absorbé vers le bas: tout était trouble, et je commença à marcher à quatre pattes sur le fond, lorsque je me trouva, subitement, face à face avec un être gris, aux yeux ronds, noirs, abyssaux, désolants et glaciaux; en eux je vis les temps précédents à tout homme, où il n'y avait pas encore le Soleil. Je regarda vers le haut: je pus voir à peine son tronc mince, dont le bout supérieur paraissait se diviser en trois: c'étaient ses jambes. Je voulus m'en aller, mais un murmure-remous me retint, et en réflexe, je dirigea mon regard vers le visage inopinément sans bouche de cet être gris; je m'éperdis dans son regard et le murmure commença de se rendre net: il me parlait dès l'intuition, la première pensée, depuis le sauvage, le non-verbal, l'obscurité-vacuité. Je le confondis avec moi, tournâmes l'un autour de l'autre, fûmes fondament l'un de l'autre, configurâmes un dialogue primordiale: Moi et Toi confondus, cofondés. Émergea la Lumière, l'Autrui, Lui, avec son corps d'homme. Moi et Toi craignâmes-craignèrent. Moi et Toi demandâmes-demandèrent qui était Lui. Moi-Toi devint colimaçon. Lui était toujours là, tant plein de lumière, aveuglant. Je-tu sus enfin qui c'était: Teenek.
Tout devint alors superlumineux, l'eau devint claire et se bourra d'une écume de grosses bulles. L'air me manquait et je sortis subito de l'eau, comme poussé du bas. Je fis une parabole de demi-mètre jusqu'au bord de la grosse gorge des Chutes Victoria: je juchais sur mon ventre, sur le bord de la Piscine du Diable, une piscine naturelle à 103 mètres de hauteur, en bordure de la falaise de la cataracte, du côté zambien du fleuve Zambèze, où se jette le Kwando. Je haletais en regardant l'abîme couvert d'une rosée et d'un fracas constants, pensant à cette rencontre avec le baatsik' et les autres créatures. Je n'arrivais pas à penser avec clarté à cause de l'abattement, donc je reposa un peu puis sortis du fleuve. Juste sur la rive, je rencontra un homme de l'ethnie lozi qui crut que j'étais un touriste égaré, mais je lui expliqua que j'étais un cryptozoologiste et qu'étais sur la piste du kakoundoukoundou, du lifatal y du poula. Ensuite je lui parla de mon expérience; il affirma à la fin de mon récit: « L'animal-conscience appelle la parole, l'homme naît de l'animal-conscience ». Nous filâmes vers une petite hôtellerie proche de là, le Zambezi Sun, où je resta trois jours, en gambergeant à mes conclusions.
Zoologie. Les rapports et la découverte des tératopotames situent ceux-ci sous terre, le long de 128 km du fleuve Kwando à la frontière partagée par Angola, Zambie et Namibie, très probablement tout le long d'une chaîne de cénotes en grotte d'au moins 230 km, qui est la distance entre la zone frontalière du Kwando et les Chutes Victoria: aucun yaouma, kwahane ou lozi mentionne d'avoir aperçu de telles créatures sur l'aire entre ce fleuve et les chutes. Le sypotame, ou toi fluvial (en lozi, kakoundoukoundou, remous), lorsqu'il reste immobile, flotte la tête en bas, et nage en se propulsant avec ses trois jambes, ce qu'il fait avec plus de rapidité grâce à la forme fusiforme de sa tête, très semblable à celle des requins. Dû à l'absence de bouche, on ne peut distinguer un visage que par l’existence de deux yeux noirs, globuleux et sans paupières. Il a la peau gris et, au toucher, est comme du papier sablé. Les caractéristiques précédentes font penser à un lien de parenté avec les squales, ce qui pourrait suggérer l'existence d'ampoules de Lorenzini mutées, des organes sensitifs aux champs électromagnétiques mais capables de modifier la conscience des proies. L'outopotame, ou lui fluvial (en lozi, poula, foudre), est bioluminiscent et anthropomorphe. Puisqu'on l'a toujours aperçu en présence du sypotame, celui-ci et l'outopotame coexistent en une sorte de symbiose. L'égopotame, ou moi fluvial (en lozi, lifatal, jumeau), est une manifestation intermittente tout le long du contact avec le sypotame. Selon des études du psychologue physiologique Michael Persinger, si on stimule le lobe temporal droit d'un individu au moyen de champs magnétiques faibles et complexes, cet individu expérimente une présence proche mais vague. C'est possible que l'intermittence génère cette sensation de dialogue non-verbal et cette subite aperception de soi.
L'objectivité. Les baatsik' demeurent dans l'obscurité de la conscience sans parole, là où les rayons et étincelles du champ cultivé n'arrivent jamais. Les baatsik' sont la conscience sauvage, la colectivité sylvestre: ils se regardent, se touchent, s'écoutent, se flairent en animaux: le dialogue pousse de se percevoir l'un l'autre. Un regard se montre à la conscience d'autrui, sans verbe; il n'y a qu'une danse où les corps reconnaissent une émotion, un langage intérieur. Les teeneks ont les baatsik' pour origine; chez l'homme vit l'obscurité, chez lui il y a la semence du dialogue: le soi et son jumeau. L'esprit et le monde s'éclairent de la parole.
Note. J'ai participé à un des concours de XYZ avec cette nouvelle... Je n'ai pas pas gagné.
Je voudrais d'abord mentionner pourquoi je m'intéressa tant dans la vie des animaux de fleuve. Mon enfance, comme celle de beaucoup de teeneks (ou huastèques si vous préférez), je la vécus près d'un fleuve, le Pánuco, lequel m'a toujours fasciné par son débit si vigoureux et ses extraordinaires animaux. C'est là que je vis mon premier cryptide, le laab pay'loom te', ou l'élaphopotame comme je l'appelle présentement.
La cryptozoologie est –comme les teeneks– pauvre, sans intérêt, indulgente et docile; dédaignée pour considérer les animaux du folclore avec possibilité d'existence, pour son manque habituel de méthode scientifique, pour sa parenté au mythe. Nous, les teeneks, sommes différents des ejeks (les métis, les espagnols, les occidentaux), qui sont exigents, intéressants, riches. Les baatsik' sont les premiers habitants du monde, les êtres du monde souterrain; les teeneks –agriculteurs–, leurs descendants, comme Caïn le premier descendant venu à la Terre; les ejeks –éleveurs– arrivèrent à notre monde. Tout comme dès le début: Caïn face à Abel, les baatsik' face aux teeneks, les teeneks face aux ejeks, les agriculteurs face aux éleveurs, les cryptozoologistes face aux zoologistes.
Le premier biopotame dont je parlerai sera certes l'élaphopotame, ou le cerf des fleuves, en teenek, laab pay'loom te', l'arbre parrain. Nous autres, les teeneks, attribuons à cet animal le rôle de prendre soin de l'enfant à la suite de sa naissance; la vie de l'enfant dépend de la robustesse de son arbre parrain.
L'élaphopotame n'appartient pas à la famille Cervidae, puisqu'il est omnivore: il se nourrit de pintontles mourants, escargots, poisson-chats malades et plantes riveraines; rarement sort de l'eau, et se nourrit durant la nuit: il est le protecteur du sauvage, l'animal de compagnie des baatsik'. L'élaphopotame a l'habitude de se donner des baignades et roulades dans la boue de zones peu profondes, ou dans les marais: il est sale comme les teeneks. Ses bois sont enchevêtrés, désordonnés, duveteux, et d'une envergure de jusqu'à deux mètres. Il a une hauteur de deux mètres et demi à la tête, et deux mètres dix au garrot. Il pèse entre 550 et 730 kg. Son pelage est rêche, brun-rougeâtre; il possède une crinière de poils durs et hirsutes plus foncés que le reste du pelage, et qui peut même atteindre une couleur noire. Le laab pay'loom te' est des premiers, les baatsik', les craignants du soleil, nous autres les kwitol, les enfants, les sans-raison.
Dans le sud du Vietnam, à quelques heures de Can Tho, tout au long du fleuve Mékong, s'étend un vaste territoire trés peu exploré à cause de son accès difficile. À ce cours d'eau habite le Cuu Long, ou l'arctopotame comme je l'appelle. L'arctopotame, ou ours de fleuve, est un mammifère herbivore de coleur rouille, à longue queue rayée: il est probablement apparenté au panda roux, c'est-à-dire, il appartient probablement à la famille des ailuridés (Ailuridae); il comporte cependant deux grandes différences avec le panda fuligineux: (1) sa taille: il peut atteindre une longueur de deux mètres et demi, et (2) ses pattes, qui sont plus élancées et développées, possiblement adaptées aux nages très prolongées dans un très bourbeux Mékong, en vietnamien, Cuu Long Giang, le fleuve des neuf dragons (des êtres paradoxalement baatsik', et de lumière et feu).
Le coracopotame, ou corbeau de fleuve, se trouve dans la Toungouska pierreuse, en Russie. Dû à l'absence de rapports de l'existence dudit oiseau jusqu'à l'évènement de la Toungouska, explosion thermonucléaire aérienne probablement due à une météorite, c'est possible que le coracopotame en soit le résultat par la mutation de certains corvidés de la région, peut-être du Corvus corax. Son plumage est tout noir, aux reflets pourpres, verts et bleus; son bec et ses pattes sont noirs aussi. Il se nourrit de petits poissons dans la rivière et de charognes sur terre. Il peut mesurer, debout (puisque sur terre il marche comme les pingouins), jusqu'à 110 cm. Les coracopotames sont très agressifs et se regroupent en pelotons d'au plus dix membres. Ils s'agressent ocasionellement les uns les autres jusqu'à atteindre le cannibalisme.
Pour terminer, je parlerai de mes trois dernières et plus fascinantes découvertes dans le Kwando, à la frontière de la Zambie, l'Angola et la Namibie: les tératopotames, ou monstres de fleuve: l'égopotame, le sypotame, et l'outopotame (ou l'allopotame, ou anthropopotame). Depuis des générations, les aperçus de ces créatures ont fait partie de la culture yaouma, kwahane et lozi. Ils les appélent lifatal, kakoundoukoundou et poula, respectivement. Ces noms ne présentent pas de variations d'une langue à l'autre.
Je me trouvais déjà près de la frontière tripartite lorsque le Kwando commença à devenir fangeux, à se transformer en un labyrinthe de petits marécages; celui-ci fut très vite bondé d'arbres gigantesques, noirs et couverts de lianes, en sorte que peu de lumière atteignait le cours de la rivière. Ma chaloupe voguait lentement, et s'arrêta à plusieurs reprises. La dernière fois j'essaya de la faire avancer, mais il me fallut en débarquer: ma rame s'accrocha dans la bourbe du fond, gobante à son intérieur et glissante sur sa surface. Soudain, je fus absorbé vers le bas: tout était trouble, et je commença à marcher à quatre pattes sur le fond, lorsque je me trouva, subitement, face à face avec un être gris, aux yeux ronds, noirs, abyssaux, désolants et glaciaux; en eux je vis les temps précédents à tout homme, où il n'y avait pas encore le Soleil. Je regarda vers le haut: je pus voir à peine son tronc mince, dont le bout supérieur paraissait se diviser en trois: c'étaient ses jambes. Je voulus m'en aller, mais un murmure-remous me retint, et en réflexe, je dirigea mon regard vers le visage inopinément sans bouche de cet être gris; je m'éperdis dans son regard et le murmure commença de se rendre net: il me parlait dès l'intuition, la première pensée, depuis le sauvage, le non-verbal, l'obscurité-vacuité. Je le confondis avec moi, tournâmes l'un autour de l'autre, fûmes fondament l'un de l'autre, configurâmes un dialogue primordiale: Moi et Toi confondus, cofondés. Émergea la Lumière, l'Autrui, Lui, avec son corps d'homme. Moi et Toi craignâmes-craignèrent. Moi et Toi demandâmes-demandèrent qui était Lui. Moi-Toi devint colimaçon. Lui était toujours là, tant plein de lumière, aveuglant. Je-tu sus enfin qui c'était: Teenek.
Tout devint alors superlumineux, l'eau devint claire et se bourra d'une écume de grosses bulles. L'air me manquait et je sortis subito de l'eau, comme poussé du bas. Je fis une parabole de demi-mètre jusqu'au bord de la grosse gorge des Chutes Victoria: je juchais sur mon ventre, sur le bord de la Piscine du Diable, une piscine naturelle à 103 mètres de hauteur, en bordure de la falaise de la cataracte, du côté zambien du fleuve Zambèze, où se jette le Kwando. Je haletais en regardant l'abîme couvert d'une rosée et d'un fracas constants, pensant à cette rencontre avec le baatsik' et les autres créatures. Je n'arrivais pas à penser avec clarté à cause de l'abattement, donc je reposa un peu puis sortis du fleuve. Juste sur la rive, je rencontra un homme de l'ethnie lozi qui crut que j'étais un touriste égaré, mais je lui expliqua que j'étais un cryptozoologiste et qu'étais sur la piste du kakoundoukoundou, du lifatal y du poula. Ensuite je lui parla de mon expérience; il affirma à la fin de mon récit: « L'animal-conscience appelle la parole, l'homme naît de l'animal-conscience ». Nous filâmes vers une petite hôtellerie proche de là, le Zambezi Sun, où je resta trois jours, en gambergeant à mes conclusions.
Zoologie. Les rapports et la découverte des tératopotames situent ceux-ci sous terre, le long de 128 km du fleuve Kwando à la frontière partagée par Angola, Zambie et Namibie, très probablement tout le long d'une chaîne de cénotes en grotte d'au moins 230 km, qui est la distance entre la zone frontalière du Kwando et les Chutes Victoria: aucun yaouma, kwahane ou lozi mentionne d'avoir aperçu de telles créatures sur l'aire entre ce fleuve et les chutes. Le sypotame, ou toi fluvial (en lozi, kakoundoukoundou, remous), lorsqu'il reste immobile, flotte la tête en bas, et nage en se propulsant avec ses trois jambes, ce qu'il fait avec plus de rapidité grâce à la forme fusiforme de sa tête, très semblable à celle des requins. Dû à l'absence de bouche, on ne peut distinguer un visage que par l’existence de deux yeux noirs, globuleux et sans paupières. Il a la peau gris et, au toucher, est comme du papier sablé. Les caractéristiques précédentes font penser à un lien de parenté avec les squales, ce qui pourrait suggérer l'existence d'ampoules de Lorenzini mutées, des organes sensitifs aux champs électromagnétiques mais capables de modifier la conscience des proies. L'outopotame, ou lui fluvial (en lozi, poula, foudre), est bioluminiscent et anthropomorphe. Puisqu'on l'a toujours aperçu en présence du sypotame, celui-ci et l'outopotame coexistent en une sorte de symbiose. L'égopotame, ou moi fluvial (en lozi, lifatal, jumeau), est une manifestation intermittente tout le long du contact avec le sypotame. Selon des études du psychologue physiologique Michael Persinger, si on stimule le lobe temporal droit d'un individu au moyen de champs magnétiques faibles et complexes, cet individu expérimente une présence proche mais vague. C'est possible que l'intermittence génère cette sensation de dialogue non-verbal et cette subite aperception de soi.
L'objectivité. Les baatsik' demeurent dans l'obscurité de la conscience sans parole, là où les rayons et étincelles du champ cultivé n'arrivent jamais. Les baatsik' sont la conscience sauvage, la colectivité sylvestre: ils se regardent, se touchent, s'écoutent, se flairent en animaux: le dialogue pousse de se percevoir l'un l'autre. Un regard se montre à la conscience d'autrui, sans verbe; il n'y a qu'une danse où les corps reconnaissent une émotion, un langage intérieur. Les teeneks ont les baatsik' pour origine; chez l'homme vit l'obscurité, chez lui il y a la semence du dialogue: le soi et son jumeau. L'esprit et le monde s'éclairent de la parole.
Note. J'ai participé à un des concours de XYZ avec cette nouvelle... Je n'ai pas pas gagné.
10 de noviembre de 2013
Deux lettres de drame et chaos
Un nô ai-je ès os;
où un aï va çà et là,
où un ré tu et mû es-tu,
né du dé si mû.
Té ! Un aï en do, en ré, en mi.
Tu et mû le nô,
ce ru en ra tu as bu.
Aï, le pi ai-je ès us.
où un aï va çà et là,
où un ré tu et mû es-tu,
né du dé si mû.
Té ! Un aï en do, en ré, en mi.
Tu et mû le nô,
ce ru en ra tu as bu.
Aï, le pi ai-je ès us.
15 de agosto de 2012
Bonbon pluvial
Bon bon de s'asseoir à soir dans le parc: j'ai rencontré une fille qui m'a plu, comme la pluie lorsqu'elle tombe sur ma tête.
30 de julio de 2012
Panique loxodontique
Une fois, je me promenais joyeusement dans le bois, en sautant comme un enfant. Soudain, devant moi, un élephant se balançait sur la toile d'une araignée... Tout effrayé, je me demandai: où sont les autres élephants?
Nota. Esta minificción la acabo de encontrar en mi tesis de licenciatura. La había escrito sin título; ahora le pongo uno.
7 de junio de 2011
Un conte massouto
Si vous aimez la littérature fantastique, ceci est pour vous. Je veux partager avec vous un conte massouto (un conte des bassouto, aussi nommés basotho, en pluriel, et massouto ou mosotho en singulier) que j'ai rencontré dans Anthologie nègre de Blaise Cendrars. Quand je l'ai lu, il m'a rappelé les contes de Les Mille et Une Nuits; c'est-à-dire, il me semble que c'est un conte du merveilleux, selon le classement de Tzvetan Todorov
Voici le conte:
MOSÉLANTJA
Il y avait une fois un chef; son village était très grand, mais il n'avait que trois enfants: un fils et deux filles. L'aînée des filles se marie; il ne reste à la maison que la cadette Fényafényané et son petit frère. Une année, comme on travaillait aux champs, le petit garçon restait seul à la maison, et s'en allait jouer au bord de la rivière et criait: «Koyoko, dépêche-toi, viens me manger!» Koyoko sortait de l'eau et venait le poursuivre, et vite, vite le petit garçon de se précipiter dans la hutte. C'était là son jeu de chaque jour. Une foi, tout le monde était parti pour aller bêcher le champ du chef. Le petit garçon va à la rivière selon son habitude et se met à crier: «Koyoko, dépêche-toi, viens me manger!» Cette fois Koyoko sort de l'eau avec rapidité et s'empare du petit garçon; il le dévore tout entier et ne laisse que la tête.
Cependant la mère du petit garçon dit à sa fille: «Va bien vite à la maison chercher de la semence.» La jeune fille, en arrivant au village, découvre la tête de son petit frère. Alors elle s'écrie en pleurant: «Hélas! Mon petit frère a été dévoré par Koyoko.» Elle monte sur une petite éminence et appelle sa mère à haute voix en chantant ainsi:
Mère, mère, toi qui travailles au loin (bis),
Mon frère Solo a été dévoré par Koyoko; mère, mère,
[toi qui travailles au loin (bis),
Solo, le fils de ma mère, a été dévoré par Koyoko;
[mère, mère, toi qui travailles au loin (bis),
Mon frère Solo a été dévoré par Koyoko; mère, mère,
[toi qui travailles au loin (bis).
Sa mère l'entend chanter et dit à ceux qui travaillent avec elle: «Taisez-vous, que je puisse entendre.» Ils déposent leurs houes et s'arrêtent. La jeune fille se remet à chanter:
Mère, mère, toi qui travailles au loin (bis),
Mon frère Solo a été dévoré par Koyoko; mère, mère,
[toi qui travailles au loin (bis),
Solo, le fils de ma mère, a été dévoré par Koyoko;
[mère, mère, toi qui travailles au loin (bis),
Mon frère Solo a été dévoré par Koyoko; mère, mère,
[toi qui travailles au loin (bis).
Alors la femme prend sa houe, en frappe tous ses compagnons et les étend raides morts. La jeune fille continue à chanter:
Mère, mère, toi qui travailles au loin (bis),
Mon frère Solo a été dévoré par Koyoko; mère, mère,
[toi qui travailles au loin (bis),
Solo, le fils de ma mère, a été dévoré par Koyoko;
[mère, mère, toi qui travailles au loin (bis),
Mon frère Solo a été dévoré par Koyoko; mère, mère,
[toi qui travailles au loin (bis).
Alors sa mère recommence à frapper avec sa houe les corps de ses compagnons; il n'en reste pas un de vivant. Puis elle part et retourne au village; tout en marchant elle ramasse des scorpions, des mille-pattes, des perce-oreilles, des fourmis et des araignées venimeuses et les met dans son sac. Quand elle arrive chez elle, elle y trouve Koyoko si repu qu'il ne peut plus bouger. Elle place devant sa hutte le sac qu'elle a rempli de scorpions et d'insectes venimeux; puis elle entre et se met à chercher dans ses effets; elle rassemble ses plus beaux colliers de perles et ses anneaux de métal et les place à côté. Puis elle sort de la hutte, rassemble de l'herbe desséchée, en fait de grandes bottes qu'elle lie avec des cordes d'herbes et les entasse contre les murs de la hutte.
Alors elle dit à Koyoko: «Viens ici, que je te rase la tête.» Quand Koyoko s'est approché, elle prend une lancette et se met à lui déchirer les chairs de la tête; puis elle délie son sac. Les scorpions et les insectes venimeux en sortent par paquets et entrent dans les oreilles, la bouche et les yeux de Koyoko, qu'ils mordent et piquent jusqu'à ce qu'il en meurt.
Alors elle appelle sa fille et lui dit: «Viens ici.» Elle prend ses colliers de perles et ses anneaux de métal et l'en pare; puis elle lui dit: «Maintenat, mon enfant, pars et va chez ta sœur Hlakatsabalé, femme de Masilo; surtout garde-toi bien de regarder derrière toi; quoi qu'il arrive, poursuis ta route et marche toujours devant toi.» La jeuen fille part et marche longtemps, bien longtemps. Alors elle se dit: «Je voudrais bien savoir pourquoi ma mère m'a défendu de regarder derrière moi»; il faut que je voie ce que c'est. Peut-être qu'elle veut mettre le feu à la hutte et y périr.» Elle se retourne et voit une grande fummée qui monte au ciel; alors elle s'écrie: «Hélas! ma mère a mis le feu à sa hutte et se brûle toute vive.» Elle entend tout près d'elle une voix répéter: «Hélas! ma mère a mis le feu à sa hutte et se brûle toute vive.» Elle regarde et voit un animal étrange; elle se demande tout étonnée: D'où cet animal peut-il bien sortir?» La voix reprend: «Prête-moi un peu tes colliers de perles et tes habits, que je voie comme il me vont.» Alors la jeune fille se dépouille de ses vêtements et les donne à Mosélantja. Mosélantja les revêt et donne à la jeune fille les haillons dont elle est recouverte.
Quand elle sont près du village, la jeune fille dit: «Maintenant, rends-moi mes habits. — Pas encore! je te les rendrai au pâturage des bestiaux.» Quand elle arrivent là où le bétail paît, la jeune fille reprend: «Donne-moi maintenant mes habits. — Ouais! veux-tu donc qu'on dise que les femmes de Masilo se disputent pour rien au milieu de la route!» Elles arrivent ainsi chez Hlakatsabalé, la sœur aînée de Fényafényané. Mosélantja se hâte de dire (Fényafényané, elle se tait, toute honteuse): «Ma mère m'a dit de venir chez toi; notre frère a été dévoré par Koyoko, et ma mère a mis le feu à sa hutte et s'y est brûlée.» Hlakatsabalé se dit: «Qui est-ce qui a pu changer ainsi ma sœur? Je ne la reconnais plus et cependant ses vêtements et ses ornements sont bien ceux de chez nous.» Elle finit cependant par se persuader que c'est bien là sa sœur. Mosélantja reprend en désignant Fényafényané: «Quant à cet être-là, c'est Mosélantja; je l'ai reconcontrée sur la route et elle voulait absolument que je me dépouille de mes beaux habits pour les lui donner.»
C'est ainsi que Mosélantja se fit passer pour Fényafényané.
Le soir, Hlakatsabalé dit à Fényafényané d'aller coucher dans la hutte d'une vieille femme et garde Mosélantja auprès d'elle. Mais, pendant la nuit, la queue de Mosélantja s'allonge et va chercher, dans tous les coins de la hutte, les vivres qui y sont rassemblés. Masilo s'écrie: «Qu'est-ce?» Vite Mosélantja de s'écrier: «Masilo, aide-moi, j'ai de fortes coliques, je souffre cruellement.» Le lendemain, dès qu'il fait jour, Masilo s'écrie: «Oh! oh! qui a pris toute notre nourriture? Qui a pu faire cela?» Mosélantja répond: «C'est sans doute l'autre: c'est une voleuse, elle vole partout.» Quand on se met à manger, on donne à Fényafényané sa nourriture dans une écuelle ébréchée si sale qu'elle ne peut y toucher; quant à Mosélantja, elle mange dans un beau vase tout neuf.
Le printemps s'écoule; on sarcle les champs; puis arrive le moment de chasser les oiseaux. Hlakatsabalé ordonne alors à sa sœur, qu'elle croit toujours être Mosélantja, d'aller à son champ pour chasser les oiseaux. Ce champ était contigu au champ de la vieille femme qui avait recueilli Fényafényané. Au milieu du jour, Hlakatsabalé envoie Mosélantja porter de la nourriture à Fényafényané, mais Mosélantja mange tout en route. Quand elle arrive au champ où se tient Fényafényané, elle lui dit: «Qu'as-tu donc à dormir ainsi, paresseuse que tu es; ne vois-tu pas que les oiseaux mangent le sorgho de mon mari, le sorgho de Masilo?» Quand Mosélantja est partie, Fényafényané remonte sur son tas de mottes, qui est tout près de celui sur lequel se tient la vieille femme qui l'a recueillie. Elle se dresse de toute sa hauteur et se met à chanter:
Va-t'en, colombe! va-t'en, colombe!
Aujourd'hui, on m'appelle Mosélantja; va-t'en,
[colombe; va-t'en, colombe!
Auparavant, j'étais Fényafényané, la sœur de Hlakat-
[sabalé, va-t'en, colombe; va-t'en, colombe!
Aujourd'hui, on me donne à manger dans des écuelles
[sales, va-t'en, colombe; va-t'en, colombe!
Roseau, envole-toi, que je m'en aille vers mon père
[et ma mère!
Alors le roseau la prend et la soulève pour l'emporter dans les airs. Mais la vieille femme accourt et se saisit d'elle. Fényafényané lui di: «Laisse-moi seulement m'en aller vers mon père et ma mère. Ne vois-tu pas qu'aujourd'hui j'en suis réduite à manger ma nourriture dans des écuelles sales et ébréchées? C'est comme si Hlakatsabalé n'était pas ma sœur.» C'est alors qu'elle découvre à la vieille femme qui elle est; elle lui dit: «Chez nous, un jour, tout le monde était aux champs; mon petit frère alla à la rivière taquiner Koyoko, qui en sortit et le dévora. Alors ma mère me dit de venir ici et me recommanda fortement de ne pas regarder derrière moi. Mais je me suis retournée pour voir ce qui arrivait et à peine m'étais-je écriée: «Hélas! ma mère a mis le feu à sa hutte et s'y brûle toute vive», que j'entendis tout près de moi, à mes pieds, Mosélantja s'écrier: «Hélas! ma mère a mis le feu à sa hutte et s'y brûle toute vive.» Puis Mosélantja m'a demandé de lui prêter mes vêtements, et j'y ai consenti, parce qu'elle me disait qu'elle allait me les rendre. C'est ainsi que nous sommes arrivées ici; elle s'est fait passer pour moi et c'est elle qui a raconté que ma mère s'était brûlée dans sa hutte.»
La vieille lui demande: «Comment donc est-ce que ta sœur ne voit pas à ta figure que tu es sa sœur?» Fényafényané répond: « Je ne se sais pas.» La vieille ne lui répond pas; elle va chercher sa nourriture et la partage avec Fényafényané. Ce jour-là la vieille ne dit rien ni à Masilo ni à Hlakatsabalé; elle ne parle à personne de ce qu'elle a vu et entendu.
Le soir, comme d'habitude, on donne à Fényafényané sa nourriture dans une vieille écuelle sale et ébréchée; mais elle n'y touche pas. Chez Masilo on avait tué un bœuf et on en avait cuit les viandes. Pendant la nuit, la queue de Mosélantja s'allonge et se met à manger toutes les viandes. Masilo l'entend et dit: «Qui est-ce qui fait ainsi ce bruit dans les pots de viande?» Il se lève pour aller voir, mais vite Mosélantja de s'écrier: «Masilo, aide-moi, j'ai de fortes coliques; aide-moi, Masilo, je n'en puis plus.»
Le lendemain, Fényafényané retourne au champ de sa sœur; cette fois-ci, c'est sa sœur Hlakatsabalé, qui lui apporte sa nourriture; elle la lui donne, comme toujours, dans une vieille écuelle sale et ébréchée. Fényafényané la met de côté sans y toucher; la vieille femme ne disait toujours rien. Quand Hlakatsabalé s'est éloignée, Fényafényané monte sur son tas de mottes et, s'y dressant de toute sa hauteur, se met à chanter:
Va-t'en, colombe! va-t'en, colombe!
Aujourd'hui, on m'appelle Mosélantja; va-t'en,
[colombe; va-t'en, colombe!
Auparavant, j'étais Fényafényané, la sœur de Hlakat-
[sabalé, va-t'en, colombe; va-t'en, colombe!
Aujourd'hui, on me donne à manger dans des écuelles
[sales, va-t'en, colombe; va-t'en, colombe!
Roseau, envole-toi, que je m'en aille vers mon père
[et ma mère!
Alors le roseau s'agite, la prend et la soulèe pour l'emporter dans les airs. Mais la vieille femme accourt et se saisit d'elle. Fényafényané lui dit: «Laisse-moi seulement m'en aller vers mon père et ma mère.»
Le soir de ce jour-là, la vieille femme se rend chez Masilo et lui dit: «Demain, va aux champs, et tu y verras ce que j'ai vu hier.» Masilo lui demande: «Qu'est-ce que c'est?» La vieille répond: «Tu verras toi-même ce que c'est?» Le lendemain, Masilo va aux champs en secret et se cache là où la vieille lui avait dit de le faire. Hlakatsabalé envoie de nouveau Mosélantja porter de la nourriture à Fényafényané; mais Mosélantja s'assoit au bord de la route et mange tout ce qu'on lui a donné. Quand elle arrive vers Fényafényané, elle lui dit: «Paresseuse que tu es, qu'as-tu donc à dormir? Ne vois-tu pas que les oiseaux mangent tout le sorgho de mon mari?» Puis elle retourne au village.
Alors la vieille femme dit à Fényafényané: «Ne vois-tu pas les colombes là-bas dans ton champ! Va les chasser.» Fényafényané y va, monte sur son tas de mottes et, s'y dressant de toute sa hauteur, se met à chanter:
Va-t'en, colombe! va-t'en, colombe!
Aujourd'hui, on m'appelle Mosélantja; va-t'en,
[colombe; va-t'en, colombe!
Auparavant, j'étais Fényafényané, la sœur de Hlakat-
[sabalé, va-t'en, colombe; va-t'en, colombe!
Aujourd'hui, on me donne à manger dans des écuelles
[sales, va-t'en, colombe; va-t'en, colombe!
Roseau, envole-toi, que je m'en aille vers mon père
[et ma mère!
Le roseau s'agite avec bruit et la soulève pour l'emporter dans les airs. Masilo accourt et se saisit d'elle. Fényafényané lui dit: «Laisse-moi seulement m'en aller vers mon père et ma mère. Ta femme m'a traitée fort mal, bien qu'elle soit ma sœur, et que je me fusse réfugiée chez elle.» Alors la vieille femme dit à Masilo: «Tu vois bien, Masilo; voilà ce que je te disais de venir voir ici.» Masilo rest longtemps avec Fényafényané; ils restent longtemps à pleurer ensemble. Puis il remonte au village et raconte tout à sa femme. Celle-ci s'écrie: «Hélas! ma pauvre sœur! hélas! fille de mon père!»
Le lendemain, Masilo fait dire à tous ses gens d'aller rassembler beaucoup de bois, pendant que d'autres creuseraient un trou profond. On abat du bétail, des moutons et des chèvres, on cuit du pain, de la bouillie de sorgho au lait, on fait frire des croûtes de pains dans la graisse; on prépare une grande fête. On apporte aussi une grande quantité de pots de lait caillé; on les dépose au fond du trou qui est creusé, puis on les recouvre de tiges de maïs et de branchages légers. Pendant ce temps, les jeunes femmes du village rassemblent du bois dans la forêt. Mosélantja, elle, ne fait rien; elle se tient accroupie près du ruisseau, où sa queue fait las chasse aux crabes qu'elle dévore avidement. Quand les jeunes femmes ont fini, elles disent: «Retournons au village.» Une d'elles demande: «Où est la femme du chef? Où est la femme de Masilo?» Elles portaient chacune une botte de branches sèches; celle de Fényafényané était plus grande que celles de ses compagnes. Quand Mosélantja les voit venir, elle se hâte de rassembler quelques pousses vertes et en fait une botte; puis elle dit à Fényafényané: «Mosélantja, tu as pris ma botte de branchages; rends-la-moi.» Mais les autres femmes s'écrient: «Que dis-tu là? C'est la sienne, c'est elle qui l'a rassemblée; quant à toi, où donc te cachais-tu pendant que nous travaillions? Allons au village.»
Lorsqu'elles approchent du village, les gens se disent les uns aux autres: «Voyez-vous la femme du chef qui n'apporte que des branches vertes? Que veut-elle faire?»
Alors Masilo dit à toutes les femmes: «Sautez toutes par-dessus ce trou:.» Il leur montre le trou profond au fond duquel on a caché le lait caillé. Elles sautent toutes les unes après les autres, et Fényafényané saute comme elles. Quand c'est le tour de la femme du chef et qu'elle veut sauter, sa queue s'allonge du côté du lait caillé et se met à manger; alors Mosélantja tombe au fond du trou. Les gens du chef arrivent en courant: ils la cernent de tous côtés et la tuent sur place.
Mais elle ne meurt pas tout entière; à l'endroit où elle a été tuée, il croît une citrouille sauvage. Quant à Fényafényané elle devient la femme de Masilo; au bout d'un certain temps elle met au monde un enfant. Un jour, comme tout le monde est aux champs et que Fényafényané reste seule au logis, cette citrouille sauvage se détache de sa tige et vient en roulant vers la hutte de Fényafényané. Tout en roulant, elle disait: «Pi-ti-ki, pi-ti-ki, nous man-ge-rons la bouil-lie, de la gras-se ac-cou-chée, la fem-me de Ma-si-lo!» Quand elle est arrivée vers Fényafényané, la citrouille lui dit: «Dépose à mon côté l'enfant de mon mari.» Fényafényané pose l'enfant à terre; alors la citrouille s'élance avec furie sur Fényafényané et la bat, la bat longtemps. Quand elle a fini de la battre, la citrouille retourne à l'endroit d'où elle est venue et se replace sur sa tige.
Fényafényané ne dit rien à personne de ce qui lui est arrivé. Le lendemain, comme tout le monde est aux champs, la citrouille se met de nouveau à rouler du côté de la hutte de Fényafényané; tout en roulant, elle disait: «Pi-ti-ki, pi-ti-ki, nous man-ge-rons la bouil-lie, de la gras-se ac-cou-chée, la fem-me de Ma-si-lo!» Elle dit à Fényafényané: «Dépose à mon côté l'enfant de mon mari.» Puis elle se jette sur Fényafényané et la bat, la bat longtemps; quand elle a fini de la battre elle s'en va comme la veille. La citrouille persécute ainsi Fényafényané tous les jours, sans lui laisser de repos.
Enfin, un jour, Masilo demande à sa femme: « Qu'as-tu donc qui te fasse tant maigrir?» Fényafényané lui répond: «Il y a là-bas une citrouille sauvage, qui, lorsque vous êtes aux champs, vient vers moi en me disant: «Pi-ti-ki, pi-ti-ki, nous man-ge-rons la bouil-lie, de la gras-se ac-cou-chée, la fem-me de Ma-si-lo!» Puis elle me dit: «Dépose à mon côté l'enfant de mon mari.» Alors elle se jette sur moi et me bat avec furie.»
Le lendemain, Masilo ne va pas aux champs; mais quand tout le monde est parti, il dit à sa femme de le cacher dans les nattes de son enfant. La citrouille vient comme d'habitude, en disant: «Pi-ti-ki, pi-ti-ki, nous man-ge-rons la bouil-lie, de la gras-se ac-cou-chée, la fem-me de Ma-si-lo!» Puis, quand Fényafényané a déposé son enfant à terre, la citrouille se précipite sur elle et se met à la frapper avec rage. Alors Masilo s'élance de sa cachette, armé d'une hache et d'une assagaie. Il transperce cette citrouille d'un coup d'assagaie, un flot de sang en sort. Puis il la prend, la porte devant la hutte et la coupe en menus morceaux, qu'il brûle ensuite aussi soigneusement que possible.
Une plante de chardon croît à l'endroit où la citrouille a été brûlée. Le chardon grandit, sans que personne n'y prenne garde, et finit par monter en graine. Ces graines font mal à l'enfant; chaque fois qu'il court dehors elles lui piquent les pieds. On a beau leur faire la chasse, il en reste toujours une qu'on ne peut attraper. Enfin, Masilo se met en embuscade et réussit à la prendre, il la pile et la jette au feu; mais elle devient graine de citrouille. Quand l'enfant dort, elle se jette sur lui et le mord, puis retourne se cacher dans les roseaux de la hutte. Enfin Masilo réussit à s'emparer de cette graine de citrouille; il l'écrase soigneusement sur une pierre de meule, la réudit en poudre menue et la jette au feu. C'est ainsi que finit Mosélantja.
9 de septiembre de 2008
Si j'avas eu l'pied marin dans'vie... (Dans le cimetière marin...)1
J'ai fini par aller dans le cimetière à cause d'un cimeterre: dans le combat qu'est la vie, à la troisième partie de ma vie et d'un duel d'épées, si mon tiers, celui de mon corps, n'avait pas été un con bât, j'aurais pu, sûrement, empecher de me faire tuer. “S'y me tierce, s'y me tierce, je meurs”, je me suis dit.
1El segundo título se debe a que la minificción se me ocurrió al ver la barra de estado del hi5 de Franck, que decía “Dans le cimetière marin...” en el momento en que leí la barra.
© Enrique Ruiz Hernández
5 de febrero de 2007
Un día de Quique en el metro
Aujourd'hui c'est Quique le personnage.
Tiene el cabello rizado, casi rojizo en la superficie, castaño más cerca del cuero cabelludo. Me gusta su cabello rizado; je pourrais bien en étirer un, et regarder comment il rapetisse et se rétire comme un ressort; elle est comme un jouet, mais elle ne l'est pas. Platica con una niña sentada a su lado y con la mujer sentada al lado de la niña sentada a su lado, la única niña de la que he hablado hasta ahora. Supongo que la niña es hija de la segunda mujer de la que he hablado, es decir, de la mujer sentada al lado de la niña sentada al lado de la única mujer con cabello rizado de la que he hablado. (Me gusta hablar claramente.) Unos dientes de la niña sentada a su lado —me refiero a uno de los lados de la mujer con cabello rizado— tienen coronas de metal, otros están ausentes y los demás están muy chiquitos para apreciarlos; la niña come un dulce, un dulce anaranjado, que fácilmente podría confundirse con su lengua a pesar del color, del dulce, no de la lengua. La femme à côté de la fillette à côté de la femme aux cheveux frisés, c'est-à-dire, la deuxième en ordre chronologique dans mon histoire, est remarquablement semblable à la seule fillette dont je parle dans mon histoire. Les deux sont laides: elles ont les lèvres grimacées en museau de chien à la face plate, lo cual hace más ostensible la belleza, sospechada, de la mujer con cabello rizado. La rizada —ya saben de quién hablo, creo: soy muy optimista— casualmente me muestra su rostro de frente; efectivamente es bella, o sea, me gusta. Su barba es partida, ce qui ne veut pas dire que sa barbe est partie, voyons donc: elle n'en a même pas. Son nez, même s'il est grand, n'est pas laid (ou laitte, au Québec, bien que je ne saurais pas s'il serait laitte au Québec, par exemple). Je l'aime, elle me plaît. (Me acabo de dar cuenta que no sólo admiraba la belleza de la rizada, sino también la fealdad de la niña y su por mí presumida madre —que no sé si era presumida—. Bueno, pero admiraba más la belleza de la rizada que la fealdad de las otras dos en mi historia, que en realidad pasó.) Sin darme cuenta, la niña hace algo que hace reír a chicos y grandes: hace reír a ella misma y a la rizada —tal vez debería decir “hace reír a una chica y a una grande”—, la rizada voltea hacia mí con una sonrisa en el rostro: sus dientes son chiquitos, no hay espacios entre ellos que yo pueda ver, se ven muy juntos. Su sonrisa no es bella, más bien chistosa; me gusta lo chistoso. Le sonrío tardíamente, pues estoy concentrado en mirar su sonrisa. Ah, elle me sourit encore une fois; elle me plaît de plus en plus: j'aime ses lèvres couleur du bois Panga-Panga et son menton qui n'a pas une barbe partie parce qu'elle n'en a pas. Le métro s'approche de plus en plus à la station où je dois débarquer en même temps qu'on se regarde par petites durées de temps. Tengo que bajar. ¿Qué hago? De reojo alcanzo a ver su ojo derecho que me mira —es fácil pensar que tiene otro ojo derecho que no me mira, pero no—; la niña y su por mí sospechada madre se encuentran entre ella y yo. Lanza una última sonrisa sin destino aparente pis, câline!, je m'apercois qu'elle se brosse mal les dents.
© Enrique Ruiz Hernández
Tiene el cabello rizado, casi rojizo en la superficie, castaño más cerca del cuero cabelludo. Me gusta su cabello rizado; je pourrais bien en étirer un, et regarder comment il rapetisse et se rétire comme un ressort; elle est comme un jouet, mais elle ne l'est pas. Platica con una niña sentada a su lado y con la mujer sentada al lado de la niña sentada a su lado, la única niña de la que he hablado hasta ahora. Supongo que la niña es hija de la segunda mujer de la que he hablado, es decir, de la mujer sentada al lado de la niña sentada al lado de la única mujer con cabello rizado de la que he hablado. (Me gusta hablar claramente.) Unos dientes de la niña sentada a su lado —me refiero a uno de los lados de la mujer con cabello rizado— tienen coronas de metal, otros están ausentes y los demás están muy chiquitos para apreciarlos; la niña come un dulce, un dulce anaranjado, que fácilmente podría confundirse con su lengua a pesar del color, del dulce, no de la lengua. La femme à côté de la fillette à côté de la femme aux cheveux frisés, c'est-à-dire, la deuxième en ordre chronologique dans mon histoire, est remarquablement semblable à la seule fillette dont je parle dans mon histoire. Les deux sont laides: elles ont les lèvres grimacées en museau de chien à la face plate, lo cual hace más ostensible la belleza, sospechada, de la mujer con cabello rizado. La rizada —ya saben de quién hablo, creo: soy muy optimista— casualmente me muestra su rostro de frente; efectivamente es bella, o sea, me gusta. Su barba es partida, ce qui ne veut pas dire que sa barbe est partie, voyons donc: elle n'en a même pas. Son nez, même s'il est grand, n'est pas laid (ou laitte, au Québec, bien que je ne saurais pas s'il serait laitte au Québec, par exemple). Je l'aime, elle me plaît. (Me acabo de dar cuenta que no sólo admiraba la belleza de la rizada, sino también la fealdad de la niña y su por mí presumida madre —que no sé si era presumida—. Bueno, pero admiraba más la belleza de la rizada que la fealdad de las otras dos en mi historia, que en realidad pasó.) Sin darme cuenta, la niña hace algo que hace reír a chicos y grandes: hace reír a ella misma y a la rizada —tal vez debería decir “hace reír a una chica y a una grande”—, la rizada voltea hacia mí con una sonrisa en el rostro: sus dientes son chiquitos, no hay espacios entre ellos que yo pueda ver, se ven muy juntos. Su sonrisa no es bella, más bien chistosa; me gusta lo chistoso. Le sonrío tardíamente, pues estoy concentrado en mirar su sonrisa. Ah, elle me sourit encore une fois; elle me plaît de plus en plus: j'aime ses lèvres couleur du bois Panga-Panga et son menton qui n'a pas une barbe partie parce qu'elle n'en a pas. Le métro s'approche de plus en plus à la station où je dois débarquer en même temps qu'on se regarde par petites durées de temps. Tengo que bajar. ¿Qué hago? De reojo alcanzo a ver su ojo derecho que me mira —es fácil pensar que tiene otro ojo derecho que no me mira, pero no—; la niña y su por mí sospechada madre se encuentran entre ella y yo. Lanza una última sonrisa sin destino aparente pis, câline!, je m'apercois qu'elle se brosse mal les dents.
© Enrique Ruiz Hernández
29 de noviembre de 2006
12 de julio de 2006
La fourmilière éprouvante
À tous les mois elles en sortent, veulent chercher à se sustenter, me chatouillent de leures petites pattes étroites comme des poils. Elles sont rouges, d'un rouge foncé. À tous les mois elles me changent dès l'intérieur; elles se servent de leures mandibules, de leur acide pour y parvenir, je le sais bien.
La nuit, quand tout est calme dans la fourmilière qui est mon corps, le fourmilier s'en approche avec sa langue visqueuse et attisante; me caresse avec; incite la fourmilière à frémir de volupté; la fait gigoter; en pénetre l'entrée de cette langue spaghetteuse et vibratoire, en même temps qu'un frissonement en parcourent les voies spinales, la belle salive du fourmilier bave partout en dehors et en dedans.
Les fourmis n'en sortent plus depuis belle lurette; à leure place, un fourmilier bébé en sortira.
© Enrique Ruiz Hernández
La nuit, quand tout est calme dans la fourmilière qui est mon corps, le fourmilier s'en approche avec sa langue visqueuse et attisante; me caresse avec; incite la fourmilière à frémir de volupté; la fait gigoter; en pénetre l'entrée de cette langue spaghetteuse et vibratoire, en même temps qu'un frissonement en parcourent les voies spinales, la belle salive du fourmilier bave partout en dehors et en dedans.
Les fourmis n'en sortent plus depuis belle lurette; à leure place, un fourmilier bébé en sortira.
© Enrique Ruiz Hernández
8 de julio de 2006
L'homme fourmi
Bibi est à tout prendre une bibitte.
Il y a des gars qui se font façonner en filles; j'aimerais me faire façonner en fourmi. On les appelles transsexuels ceux-là; transfourmi m'appelera-t-on comme je me doute qu'il se doit.
Tout est de travers dans mon corps: mes deux autres pattes se débattent sempiternellement pour sourdre de mes flancs tant je suis un transfourmi; je flaire de mes toujours naissantes antennes, puisque le crâne de ce corps satané les empêchent de sortir tant je suis un transfourmi.
Le foret dans la main, je me dandinais en ivrogne, ravi de voir au grand complet mes antennes bougeant à mon gré, en comtemplant dans le miroir le giclement rythmique du sang crânien.
Si une meurt j'en suis conscient, si une repère de la nourriture je le sais: je ressens l'action des phéromones.
Aujourd'hui au bureau on m'a flatté en me disant que je travaille comme une fourmi: sans m'en plaindre, avec simplicité et efficacité.
Impitoyablement mon humanité extérieure s'attaque à moi par des larmes suintant des yeux qui ne sont pas à moi mais qui le veulent, puisque, comme les phéromones, elles bouleversent mon intérieur, y touchent, le fouettent. Je ne suis pas humain, je vous l'assure; maudit que je fais pitié, trace dégoûtante d'humanité; je préfèrerais d'avoir l'arme à gauche.
Il n'y a plus de bureau pour moi; j'ai quitté avant de ne plus pouvoir parler comme il faut aux hommes: mes mandibules sourdent comme il faut aux fourmis.
Je ne bouge plus.
Le cocon est éclos: plus de crâne, plus de bras, plus de pieds, plus de peau, plus d'enfermement, plus de larmes.
Bibi est à tout prendre une bibitte.
© Enrique Ruiz Hernández
Il y a des gars qui se font façonner en filles; j'aimerais me faire façonner en fourmi. On les appelles transsexuels ceux-là; transfourmi m'appelera-t-on comme je me doute qu'il se doit.
Tout est de travers dans mon corps: mes deux autres pattes se débattent sempiternellement pour sourdre de mes flancs tant je suis un transfourmi; je flaire de mes toujours naissantes antennes, puisque le crâne de ce corps satané les empêchent de sortir tant je suis un transfourmi.
Le foret dans la main, je me dandinais en ivrogne, ravi de voir au grand complet mes antennes bougeant à mon gré, en comtemplant dans le miroir le giclement rythmique du sang crânien.
Si une meurt j'en suis conscient, si une repère de la nourriture je le sais: je ressens l'action des phéromones.
Aujourd'hui au bureau on m'a flatté en me disant que je travaille comme une fourmi: sans m'en plaindre, avec simplicité et efficacité.
Impitoyablement mon humanité extérieure s'attaque à moi par des larmes suintant des yeux qui ne sont pas à moi mais qui le veulent, puisque, comme les phéromones, elles bouleversent mon intérieur, y touchent, le fouettent. Je ne suis pas humain, je vous l'assure; maudit que je fais pitié, trace dégoûtante d'humanité; je préfèrerais d'avoir l'arme à gauche.
Il n'y a plus de bureau pour moi; j'ai quitté avant de ne plus pouvoir parler comme il faut aux hommes: mes mandibules sourdent comme il faut aux fourmis.
Je ne bouge plus.
Le cocon est éclos: plus de crâne, plus de bras, plus de pieds, plus de peau, plus d'enfermement, plus de larmes.
Bibi est à tout prendre une bibitte.
© Enrique Ruiz Hernández
6 de julio de 2006
L'enfant fourmi
Ce caillou est vraiment colossal. Y est beau. J'aime ses étincellements comme des étoiles; je me demande si c'est une pyrite celle-là. Non, je crois pas... Ouaiaiais, je vas la prendre avec mes mandibules, mes mandibules puissantes.
— T'es fort, toé, hein.
— Ouais, chus ben fort.
Faut y apporter des feuilles: c'est ce qu'y faut. Celle-là est bonne. Faut faire attention au chemin: y est toute pierreux. Un soldat: sa tête c'est géant. “Ch't-une ouvrière; j'vas juste amener une feuille dans l'nid”.
Je vois rien; mes antennes, ça sert à ça, à voir ce qu'y a dans le chemin. “Salut, j'm'appelle Gaétan. 0ùsqu'y faut l'apporter... Dans 'serre?, OK, c'est où ça?... OK”. C'est énorme ici-dedans; je me demande elle est où la reine; j'aimerais la voir.
Enfin la serre. Câlisse que les champignos sont gros et grands; y sont doux, y goûtent bon; j'en veux davantage... “Quoi, non, j'en mange pas; je laissais la feuille que j'ai sur moi, pour de vrai, 'garde”.
Noooon, un pied a fait ecroulé l'nid; y faut courir à toute vitesse; le plafond s'en vient. A courent toutes, affolées; y faut sauver la reine; elle est où, elle est où; y faut la sauver... un caillou roulant; je m'en sauve: le karaté c'est toujours bon de l'apprendre... Mon esprit baraude. Il faut sauver la reine; j'a vois; est là; c'est si beau qu'y affole, boulverse, sidère; ses ailes: j'en veux aussi; pourquoi j'en ai pas; non, non, non, quitte-moi pas; j'veux pas mourir icitte, dans l'nid, écrasée, aplatie comme une maudite coquerelle: j'es déteste. J'veux pleurer.
— T'es fort, toé, hein.
— Ouais, chus ben fort.
Faut y apporter des feuilles: c'est ce qu'y faut. Celle-là est bonne. Faut faire attention au chemin: y est toute pierreux. Un soldat: sa tête c'est géant. “Ch't-une ouvrière; j'vas juste amener une feuille dans l'nid”.
Je vois rien; mes antennes, ça sert à ça, à voir ce qu'y a dans le chemin. “Salut, j'm'appelle Gaétan. 0ùsqu'y faut l'apporter... Dans 'serre?, OK, c'est où ça?... OK”. C'est énorme ici-dedans; je me demande elle est où la reine; j'aimerais la voir.
Enfin la serre. Câlisse que les champignos sont gros et grands; y sont doux, y goûtent bon; j'en veux davantage... “Quoi, non, j'en mange pas; je laissais la feuille que j'ai sur moi, pour de vrai, 'garde”.
Noooon, un pied a fait ecroulé l'nid; y faut courir à toute vitesse; le plafond s'en vient. A courent toutes, affolées; y faut sauver la reine; elle est où, elle est où; y faut la sauver... un caillou roulant; je m'en sauve: le karaté c'est toujours bon de l'apprendre... Mon esprit baraude. Il faut sauver la reine; j'a vois; est là; c'est si beau qu'y affole, boulverse, sidère; ses ailes: j'en veux aussi; pourquoi j'en ai pas; non, non, non, quitte-moi pas; j'veux pas mourir icitte, dans l'nid, écrasée, aplatie comme une maudite coquerelle: j'es déteste. J'veux pleurer.
29 de junio de 2006
Pantoufle
Un pan touffu de moisissure ressemble à la surface d'une pantoufle, qui n'est pas un ouf pour tout: pantoufle.
© Enrique Ruiz Hernández
7 de febrero de 2006
Le premier voyage dans le temps d'un soûlard
Le soleil me réveille par une lumière éblouissante qui détache ma rétine, tandis que je décide d'y entrer, silencieusement, pour ne pas réveiller les grillons, leur faire peur.
Là-dedans, mes doigts appuient sur les boutons qui doivent être touchés des doigts de quelqu'un, comme moi, qui appuie dessus.
L'espace se contracte et s'étend, se contracte et s'étend, comme moi, qui me gonfle et me dégonfle, comme un ballon de blague de clown de foire.
Merveilleux, j'y suis, ou j'y arrive: le lieu de nombre de lieues carrées me rappelle chez moi, dont je rêve et songe depuis très longtemps depuis.
Là-dedans, mes doigts appuient sur les boutons qui doivent être touchés des doigts de quelqu'un, comme moi, qui appuie dessus.
L'espace se contracte et s'étend, se contracte et s'étend, comme moi, qui me gonfle et me dégonfle, comme un ballon de blague de clown de foire.
Merveilleux, j'y suis, ou j'y arrive: le lieu de nombre de lieues carrées me rappelle chez moi, dont je rêve et songe depuis très longtemps depuis.
17 de enero de 2006
Pourquoi elle ne m'aime pas?
J'aime sa nuque, sa nuque blanche. Pourquoi elle ne m'aime pas?
Je m'en approchais de plus en plus, rapidement; son parfum, soudain, me devint une gifle dans le nez; aussi je flairai son parfum de toutes mes forces en espérant percevoir un tant soit peu son odeur cervicale. Je voulais me faire pénétrer de tout son être, ses pensées, son coeur.
Je sais qu'elle m'aime.
J'attrapai son poignet droit se balançant en harmonie avec le ballotement hypnotisant de ses hanches, ses contours latéraux galbés. Je tirai son bras de façon à la plaquer contre mon corps en rut, à plaquer son sexe contre ma verge convoiteuse et raide. Dès ses yeux je vis venir le réflexe hâtif de crier, et sur-le-champ, je lui tordis les deux poignets derrière le dos, je les retenait avec ma main droite. Ma main gauche la bâillonna.
Je l'entraînai dans mes domaines:
Je l'entraînai dans mes domaines:
Je sais qu'elle veut y être. Pourquoi elle ne m'aime pas?
Une fringale dermique, de senteur corporelle, de chair, d'humeurs vaginales m'éblouissait; je voulais lui voir les mamelles se secouer, bondir, carnavalesques et brésiliennes. J'en arrachai les vêtements d'un seul coup et en déchirai le reste... Sa touffe m'enivra complètement, m'affola et me figea. Je plaquai mon nez contre sa poitrine, ses belles et rondes mamelles, tremblotantes. J'enlevai mes pantalons et mes culottes afin de palper, avec ma verge, vouée à la régalade, sa moiteur intérieure. Un hurlement lancinant et aigu survint après le premier élancement.
Je sais qu'elle m'aime. Pourquoi elle ne m'aime pas?
Ces hurlements continus et profonds me faisaient bander davantage: ma verge, emplie à l'extrême, vibrait, comme les rails ferroviaires recevant une locomotive arrivante: le moment du semis parvenait: une déflagration interne commença à couver, à se répandre. L'explosion s'en vint; mon dos, tétanisé par son humidité et ses crispations vaginales, se courba en arrière. Elle tomba à terre, sanglotante.
Fasciné, comme un enfant qui vient de tuer un insecte, je la regardais se tortiller comme un ver écrasé, pantelant, mourant...
Fasciné, comme un enfant qui vient de tuer un insecte, je la regardais se tortiller comme un ver écrasé, pantelant, mourant...
26 de diciembre de 2005
Son blason
D'azur, comme mon intérieur, à la fleur de lys de gueules, comme le feu du bélier gisant chez elle, et à un soleil d'or, comme l'éclat scintillant de sa silhouette, naissant, mouvant de l'angle dextre du chef de l'écu.
20 de diciembre de 2005
Lieu de naissance
“ ‘Revenir chez soi après très longtemps’ m'est revenu à l'esprit” m'est venu à l'esprit.
Je suis venu ici et revenu maintenant.
Me revient ici et maintenant le souvenir de l'avenir.
Finalement j'y suis.
Je suis venu ici et revenu maintenant.
Me revient ici et maintenant le souvenir de l'avenir.
Finalement j'y suis.
14 de noviembre de 2005
Mouchement de la bouche
Une mouche tourne sur ma tête: zzzzzzzzzzzzzz.
Les dieux me parlent: zzzzzzzzzzzzzzz.
Une femme m'embrasse: zzzzzzzzzzzzz.
Une mouche tourne sur ma tête: zzzzzzzzzzzzzzz.
Une femme m'embrasse: zzzzzzzzzzzzzzz.
Les dieux me parlent: zzzzzzzzzzzzzzzzzzzz.
Une femme me parle: zzzzzzzzzzzzzzzzzz.
Une mouche m'embrasse: zzzzzzzzzzzzzzz.
Les dieux tournent sur ma tête: zzzzzzzzzzzzzzzz.
Une femme me parle: zzzzzzzzzzz.
Les dieux m'embrassent: zzzzzzzzzzzzzzzzzzzz.
Une mouche me parle: zzzzzzzzzzzzzzz.
Une tête parle sur mes mouches: zzzzzzzzzzzz.
Une mouche embrasse sur moi: zzzzzzzzzzzzzzzzz.
Une tourne femme sur ma tête: zzzzzzzzzzzz.
Les mouches me dieusent: zzzzzzzzzzzzzzzzzz.
Une embrasse me parle: zzzzzzzzz.
Quoi? Zz, zzz, z.
Les dieux me parlent: zzzzzzzzzzzzzzz.
Une femme m'embrasse: zzzzzzzzzzzzz.
Une mouche tourne sur ma tête: zzzzzzzzzzzzzzz.
Une femme m'embrasse: zzzzzzzzzzzzzzz.
Les dieux me parlent: zzzzzzzzzzzzzzzzzzzz.
Une femme me parle: zzzzzzzzzzzzzzzzzz.
Une mouche m'embrasse: zzzzzzzzzzzzzzz.
Les dieux tournent sur ma tête: zzzzzzzzzzzzzzzz.
Une femme me parle: zzzzzzzzzzz.
Les dieux m'embrassent: zzzzzzzzzzzzzzzzzzzz.
Une mouche me parle: zzzzzzzzzzzzzzz.
Une tête parle sur mes mouches: zzzzzzzzzzzz.
Une mouche embrasse sur moi: zzzzzzzzzzzzzzzzz.
Une tourne femme sur ma tête: zzzzzzzzzzzz.
Les mouches me dieusent: zzzzzzzzzzzzzzzzzz.
Une embrasse me parle: zzzzzzzzz.
Quoi? Zz, zzz, z.
20 de agosto de 2005
Aujourd'hui
Aujourd'hui j'ai mal à l'esprit.
Aujourd'hui je suis dans un orage.
Aujourd'hui je marche sur la neige, dans le vent, seul, dans la forêt.
Aujourd'hui je suis sur la lune.
Aujourd'hui je m'ennuie de ma planète.
Aujourd'hui je suis triste.
Aujourd'hui j'ai mal à l'esprit.
Aujourd'hui je suis dans un orage.
Aujourd'hui je marche sur la neige, dans le vent, seul, dans la forêt.
Aujourd'hui je suis sur la lune.
Aujourd'hui je m'ennuie de ma planète.
Aujourd'hui je suis triste.
Aujourd'hui j'ai mal à l'esprit.
Suscribirse a:
Entradas (Atom)